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PETIT CLIN D'ŒIL
 
LA MAMAN DE MATTHIEU et THOMAS
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POURQUOI CE SITE ?

Sans doute pour me préserver, et je l’en remercie ici, l'auteur parle peu de moi dans son livre. Il a également éludé, au cours de ses interventions promotionnelles, les questions me concernant. Cela convenait parfaitement à mon anonymat.
Pourtant, ce silence même, auquel se sont ajoutées quelques petites phrases anodines, a ouvert la voie à toutes sortes de spéculations et de rumeurs. J’ai dû faire face depuis ces derniers mois à l’incompréhension générale. La naïveté des questions auxquelles j’ai à répondre me sidère toujours.
Maintenant que le soufflé médiatique est retombé, ces quelques lignes permettront, je l’espère, à ceux que le sujet intéresse encore, de trouver mes réponses à leurs interrogations.

LES RUMEURS

La plus tenace et la plus injuste de ces rumeurs, je l’ai retrouvée à de nombreuses reprises dans la presse ou sur le web. Certains s’étonnent de ne pas en savoir plus sur cette mère qui a « laissé » ses enfants handicapés et son mari. D’autres déclarent que n’ayant pu supporter le handicap de mes enfants j’ai fui ma famille pour aller « rire ailleurs » comme il est écrit de façon si plaisante pour moi dans le livre. En revanche de nombreux commentateurs soulignent le courage de ce père qui a élevé « seul » ses deux enfants handicapés pendant des années.

Les séparations des couples ne se font jamais sans douleurs, l’existence de Matthieu et Thomas n’a pas facilité ma décision. Mais je n’ai jamais esquivé mes responsabilités.
Deux ans auparavant j'avais pu trouver, à la suite d'innombrables démarches, un établissement d’accueil adapté pour Matthieu en internat. Thomas, plus jeune, est resté avec moi et sa petite soeur. J’ai continué à m’en occuper quelques années jusqu’à ce qu’il puisse rejoindre son frère.
Plus tard je me suis remariée avec un homme qui avait lui-même des enfants. J’ai demandé ma mutation en province et nous avons tous déménagé à proximité de l'établissement de mes fils pour avoir la commodité de les recevoir régulièrement en famille chez nous où une chambre leur a toujours été réservée.
Je ne pensais pas être obligée d’avoir un jour à m’exposer ainsi pour me justifier de ne pas avoir abandonné mes enfants handicapés.

Une autre rumeur court, disant que j’aurais eu le loisir de relire les épreuves de ce livre et que j’en aurais approuvé la teneur. Il n’en est rien ; j’ai lu comme tout le monde l’ouvrage imprimé. Ce qui est d’ailleurs parfaitement normal. C’est le privilège des auteurs d’écrire ce qu’ils veulent. Je n’aurais eu aucune compétence particulière pour amender un texte littéraire.
Car rappelons le, ce livre est un roman, une œuvre d’imagination qui utilise efficacement et avec talent la caricature pour atteindre à son objectif de fable universelle.
Et si bon nombre de lecteurs ont pris cette histoire au pied de la lettre, c’est bien dommage.
Il faut dire à leur décharge que la confusion entre ce texte et la vraie vie de l’auteur a été largement entretenue au cours de la promo ..........

(passage supprimé à la demande de l'auteur)

.......... Mais là n’est pas le plus important.

MES GARÇONS

Les questions qui continuent à m’être posées par ceux qui ne connaissent pas mes garçons me confirment l’image totalement négative et accablante qui est donnée d’eux..........

(passage supprimé à la demande de l'auteur)

.......... Ce n’est pas mon avis.
Cette divergence entre nous s’explique-t-elle par la perception différente que les pères et les mères ont de leurs enfants ?

Les pères ont souvent de grandes ambitions pour leur progéniture. Ils sont parfois déçus et leur ego en prend alors un sacré coup. C’est une situation finalement assez banale. Hélas, tout le monde ne peut pas sortir major de Polytechnique ou diriger le Philharmonique de Berlin ..........

(passage supprimé à la demande de l'auteur)

.......... Les mères sont généralement moins ambitieuses pour leurs enfants. Et plus terre à terre aussi.
J’étais jeune, inexpérimentée, et dévorée par le quotidien. Entre les soins aux enfants, les recherches pour tenter d’y comprendre quelque chose et les démarches pour leur trouver un placement, je n’avais guère le loisir de m’appesantir sur moi-même.
Chacun pourra comprendre qu’à cette époque, sans aides, sans contraception et où l’avortement était encore un délit, le pessimisme et la dérision ne me furent pas d’un grand secours. Surtout quand je fus enceinte pour la troisième fois. Il m’a fallu survivre, moi aussi. Ça n’a pas été un fleuve tranquille mais je ne suis pas là pour parler de moi.

Ce que je ne veux pas : c’est qu’à cause de ce livre il ne reste de mes fils (nommés ici par leurs vrais prénoms, ce que je regrette infiniment) que cette image particulièrement négative ..........

(passage supprimé à la demande de l'auteur)

.......... Les Matthieu et Thomas du livre ont peu de ressemblance avec nos enfants réels. Les vrais étaient plutôt mignons, ils parlaient, ils voyaient et entendaient, mangeaient seuls. Ils étaient propres, ils souriaient et riaient souvent. Ils ont accompagné toute ma vie et j’ai découvert qu’ils avaient chacun un caractère et une personnalité bien affirmés, avec qualités et défauts comme nous tous.
J’ai pris le temps nécessaire de les apprivoiser et de les connaître. Les parents d’enfants comme les miens comprendront ce que je veux dire. J’ai souvent ri aussi, avec eux et grâce à eux. Je peux dire qu’ils ont été heureux à leur façon ..........

(passage supprimé à la demande de l'auteur)

.......... Quelques exemples : Pourquoi es-t-il écrit que nous ne prenions pas de photos de nos enfants et que nos albums étaient plats comme des limandes ?
Comme tous les parents du monde, j’ai toujours naturellement fait des photos et des albums de famille.
Pourquoi est-t-il écrit que, pour nous, Noël était un jour comme les autres, sans cadeaux ni sapin ?
Nous fêtions bien entendu Noël, comme tout le monde, joyeusement, chaque année, avec sapin et cadeaux.
Pourquoi nos garçons (détail sordide) sont-il décrit avec des petits manteaux élimés comme ceux que portent les orphelins ?
Ceux qui connaissent le milieu du handicap savent qu’au contraire les mamans d’enfants différents, comme moi, ont à cœur de soigner particulièrement leurs tenues.
Et l'on pourrait ainsi, dans le livre, multiplier les exemples ..........

(passage supprimé à la demande de l'auteur)

..........

MON PETIT THOMAS

Ce que je veux surtout, c’est que l’on garde de mon petit Thomas, l’image de ce qu’il était vraiment :
Non pas un boulet à traîner, mais un gamin facétieux, charmant, affectueux qui faisait la joie de tous ceux qui l’approchaient.
Il faisait rire les voisins, les amis, les garçons des restaurants.
Les commerçants qui le connaissaient l’appelaient de leur boutique pour lui faire cadeau d’un bonbon, d’un petit jouet, ou d’un sac (sa passion).
Il identifiait ses proches, même au téléphone, chantait, blaguait, s’amusait à donner des surnoms cocasses à tout le monde.
Il avait une façon particulièrement drôle de s’immiscer dans les conversations des adultes.

Il ne répétait pas constamment en voiture la même phrase désespérante. Bien au contraire, il adorait les promenades en voiture et elles étaient le prétexte à des bavardages incessants où il racontait en détail la vie quotidienne dans son établissement, imitant avec beaucoup de drôlerie les voix de la directrice, des éducatrices ou des infirmières.

Malgré son QI négatif, et peut-être à cause de lui, les enfants se bousculaient pour jouer avec lui. Il laissera à tous ceux qui l’ont croisé ou se sont occupés de lui un souvenir lumineux et inoubliable.

Non, mon Thomas n’a pas été une fin du monde.
Pour vous en faire une idée, cliquez donc sur la page "MON ALBUM PHOTOS" en haut de cette page.

Mais le plus triste dans cette histoire. C’est que depuis deux ans, mon cher petit Thomas se trouve dans un processus de vieillissement et de dégradation accéléré. Aujourd’hui il ne parle pratiquement plus, il bave, il ne sort plus de son fauteuil et souffre le martyre… Bref, Thomas qui fut si charmant, si rieur, si bavard et si heureux durant toute sa vie, ressemble chaque jour de plus en plus (à 45 ans) à la douloureuse évocation qui en est faite.


LES EDUCATEURS

Et puisque je n’écrirai jamais autre chose que ces quelques lignes, je voudrais en profiter pour remercier du fond de mon cœur toutes les éducatrices et tous les éducateurs qui ont accompagné mes étranges garçons.
Ils l’ont toujours fait avec dévouement et dans une constante bonne humeur. L’établissement de Thomas est un endroit chaleureux, sans pathos, où l’on rit beaucoup avec les handicapés, et non d’eux.
On y rit de bon cœur, sans arrière-pensées, sans cynisme mais aussi sans angélisme.
Merci à ces merveilleux professionnels dont beaucoup sont devenus aux cours des années des amis, et sans qui ma vie et celles de mes garçons auraient pu être un enfer.
Ils m’on permis d’échapper au pire, de pouvoir mener une vie normale tout en profitant du meilleur de mes enfants.

pour m'écrire :
brunet-agnes@orange.fr


© Agnès Brunet - 04/03/2009
Mis à jour le 06/05/2010